EDITORIAL

Le congrès du SNPST a eu lieu le 15 novembre à Paris.
La projection du film "les sentinelles « de Pierre Pézerat a été suivie d’un débat en présence du réalisateur

AMIANTE : NON LIEU GENERAL !

En délivrant, en juillet, un non-lieu général dans les affaires de l’amiante, les magistrats instructeurs ont renforcé le scandale sanitaire par la violence du déni de justice. Pas de responsables, pas de coupables !
Les faits méritent d’être rappelés dans leur crudité : pendant des années, les employeurs publics et privés ont exposé des ouvriers et des ouvrières, des employés et des employées, à une substance que l’on savait toxique et cancérogène, sans dose seuil pour l’effet cancérogène, sans possibilité de dépistage précoce et de toute façon sans thérapeutique.
De 1982 à 1995, les pouvoirs publics ont confié la politique de santé publique en matière d’amiante à un comité de lobbying, financé par les industriels de l’amiante, le Comité Permanent Amiante. Ce comité, auquel ont participé des représentants des industriels de l’amiante, de l’État (hauts fonctionnaires des ministères de la santé, du travail et de l’environnement), des médecins hospitalo-universitaires et hélas les confédérations syndicales (à l’exception de FO) avait comme objectif de retarder au maximum l’interdiction de l’amiante, devenue inéluctable, à l’issue du Symposium mondial sur l’amiante tenu à Montréal en 1982. Pour cela, le CPA a notamment développé le mythe de l’usage contrôlé de l’amiante et a mené un intense lobbying contre toute prohibition de l’amiante et contre les lanceurs d’alerte. La santé au travail, la santé, la vie de milliers de travailleurs ont été sacrifiées aux intérêts des industriels et à une prétendue préservation de l’emploi.
Au moment de l’interdiction, le chiffre de 100 000 morts dans les 30 ans à venir était avancé. Ce chiffre, pour l’estimation des morts par cancer, ne prenait en compte que les cancers thoraciques (et non les autres localisations aujourd’hui reconnues). Il ne tient pas compte de l’invisibilité des expositions dans certains métiers notamment les métiers « féminins » (comme la propreté, le ménage). Pourtant, la justice pénale ne semble pas exister pour les affaires de santé au travail (l’amiante, au demeurant, ne constituant pas une exception).
Que cela n’empêche pas les professionnels de santé au travail de jouer leur rôle d’alerte, de rédiger les attestations d’exposition, de mettre en place les suivis post-professionnels de conseiller les travailleurs et surtout de ne jamais oublier que la santé au travail ne se négocie pas.

Le 9 octobre 2019



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