Le SNPST dit NON aux tickets psy !

lundi 2 mars 2009

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Tickets psy

LE SNPST DIT : « NON AUX TICKETS-PSY »

Les risques psycho-sociaux du travail sont essentiellement générés par les
conditions de travail et des dérives des organisations et non par la fragilité
psychologique individuelle. Les services de santé au travail par les missions confiées
aux professionnels ont pour seul objet la prévention et non les soins.
Ethiquement, l’accès aux soins relève du libre choix du patient et de la décision du
médecin traitant.
La mise en place récente, dans certaines entreprises, de l’accès à des « tickets-psy »
par l’intermédiaire du médecin du travail, de l’infirmière de santé du travail ou de
l’assistante sociale a déjà entraîné des réactions critiques émanant de plusieurs
horizons, entre autres du Conseil National de l’Ordre des Médecins et de la Société
Française de Psychologie.
Ce service, proposé aux entreprises par la société ASP, fait l’objet d’une
présentation très succincte consultable sur le site de cet organisme. Le ticket-psy
est ainsi assimilé à un « service aux entreprises qui souhaitent le mieux-être
psychologique de leurs salariés, dans le cadre de la prévention des risques psychosociaux
 ». Le public visé par ce service est large : « tout mal-être dans son travail,
quelle qu’en soit la cause » et le but affiché consiste à « prendre du recul et faire
face à ses difficultés ». Les assurances données par la société ASP vont de la
proximité du service « moins de 30 minutes du domicile des salariés », à la gratuité
(5 à 10 consultations financées par l’entreprise) et à l’anonymat.

Cette nouvelle tentative de psychologisation et d’individualisation de la souffrance
psychique au travail suscite un débat légitime parmi les professionnels de la santé
au travail et nous amène à développer notre position, déjà amorcée dans l’article
du Monde du 19/02/2009, par un rappel de la nécessaire évaluation des risques
psycho-sociaux avant mise en place d’un plan de prévention.
Pour justifier sa légitimité, ce type de dispositif prend prétexte de l’obligation
réglementaire faite aux employeurs de protéger la santé physique et mentale de
leurs salariés par des actions de prévention des risques professionnels,
d’information et de formation et par la mise en place de plans de prévention et
d’une organisation de travail adaptée.
La proposition de prise en charge externalisée des situations de mal-être au travail
nous paraît d’abord dangereuse parce qu’elle accentue une tendance préexistante
à l’individualisation, à la stigmatisation des fragilités individuelles et à l’occultation
du débat sur les questions de travail, empêchant ainsi l’accès à la compréhension et
à l’action.
Cette possibilité de distribution de tickets donnée aux professionnels de santé au
travail, les oriente vers une solution de prise en charge « prête à l’emploi » par des
spécialistes externes dans un but affiché de prise de recul par rapport à la situation
de travail. Elle les incite à négliger l’analyse (souvent complexe) de la situation de
travail, qui est un préalable à la prise en charge. En effet, une orientation trop
rapide et facilitée vers un thérapeute, tend à renforcer les salariés en souffrance
dans l’idée de leur propre défaillance, voire de leur culpabilité. Elle peut les priver
de la possibilité de mener, avec le service de santé au travail, un travail
« d’élucidation des conflits », de compréhension des mécanismes de leur
engagement dans leur activité, « du sens de leurs émotions et des enjeux de leur
rapports aux objets du travail et à l’activité d’autrui1 ». L’isolement des salariés peut
s’en trouver aggravé, avec un risque non négligeable de stigmatisation et
d’exclusion.
La prise en charge de la souffrance par des thérapeutes recrutés par la société ASP
est, par ailleurs, contraire au principe de libre choix du praticien par tout patient.
1 Ph Davezies, A. Devaux, C. Torres (2006) : Repères pour une clinique médicale du travail
Archives de Maladies Professionnelles et de l’Environnement, 67, 119-125.