EDITORIAL

vendredi 26 mai 2017

"Le forfait jours et les astreintes portent-il atteinte à la santé des salariés concernés ?"

Début avril, la CGT et la CFE-CGC ont saisi le Conseil de l’Europe contre les dispositifs sur le forfait jour et les astreintes prévues dans la loi travail. Les deux organisations notent que la loi travail expose les salariés à des durées de travail déraisonnables et prive également ceux assujettis à des astreintes d’un véritable temps de repos. Les chiffres sont là. Il apparaît que près de la moitié des cadres au forfait-jour dépassent les 50 heures de travail par semaine. Les conséquences pour la santé sont évidentes et constatées par les médecins et les infirmières du travail : fatigue, stress, démotivation, difficultés à concilier travail et vie familiale, souffrance et même burn-out ; autant de troubles qui ont explosé ces dernières années selon un diagnostic commun partagé par l’ensemble des partenaires sociaux et des institutions de prévention en santé au travail. Sur les astreintes, le hasard des choses fait, que dernièrement, dans deux entreprises dont j’assure le suivi se sont produits des accidents de la route, liés de l’aveu même des employeurs à des manques de sommeil dus aux astreintes prolongées.
Curieuse situation tout de même qui voit le patronat affirmer sa préoccupation devant cette explosion des fameux « RPS » (en fait des pathologies liées aux organisations du travail), dire vouloir en trouver des remèdes, mais qui dans le même temps, met en place des organisations du travail pathogènes. Les ressorts en sont connus. Ils reposent sur l’individualisation des contrats et des relations de travail, isolent les salariés, rompent les collectifs de travail. Dans le cas du forfait-jours ou de certaines nouvelles formes de travail à « hiérarchie plate » les salariés sont amenés à s’auto-exploiter, à se surcharger de travail, mieux que ne le ferait n’importe quel employeur, avec toutes les conséquences néfastes pour la santé que l’on peut constater. C’est ainsi que les médecins du travail sont témoins de l’individualisation et de la médicalisation de problèmes qui dans un passé pas si lointain étaient pris en charge par le collectif de travail.
Bien sûr, il n’est pas question de nier que le système du forfait-jour puisse être intéressant dans certaines situations de travail et même qu’il est souhaité par certains cadres. Cependant, les dérives sont constitutives. La principale raison est que dans la mise en place de ces organisations, la problématique de la santé au travail n’est absolument pas intégrée par les DRH et pas même envisagée. Il devient alors un leurre que de prétendre lutter contre les « RPS ».

Jean-Michel STERDYNIAK
Article paru dans liaisons sociales